par
Franck D » sam. 15 mai 2021 22:27
Bonsoir,
Le lendemain donc on change d'orientation (pour éviter l'axe du Mistral annoncé) mais tout en restant en bordure de gorges, seulement cette fois-ci ce sont celles de la Beaume avec visite des jardins suspendus et du village de Labeaume.
On part de Ruoms: juste après avoir traversé l'Ardèche. Pas simple pour trouver à stationner (le mieux est de rester proche du pont, car après sur Peiroche peu de places et c'est en pente), l'autre possibilité c'est de partir du village de Labeaume, mais pas pour y dormir (tout au moins sur le parking proche des jardins) , cf. le post de HVA :
La commune de Labeaume en Ardèche, attention, nomades indésirables)
Durée : 3h00
Distance : 10.08km
Dénivelé positif : 335m
Difficulté : moyenne
tracé sur
Visorando
Rapidement on retrouve un ancien chemin bordé de très beaux murs, sacrément costaud. Ces murs qui délimitent des ancienes parcelles, dont certaines sont encore en activité avec des plantations d'olivier.
On arrive par le haut du village de Labeaume, c'est le matin et on le traverse dans le calme via des ruelles pittoresques.
Ici une forme particulière qui fait penser à la coque d'un bateau.
On remonte sur un plateau pour se diriger vers les jardins suspendus dont celui de Saint-Genest (ou Récatadou cf. plus bas). Ce jardin est un aménagement réalisé sur un promontoire calcaire, situé 50 mètres au dessus de la rivière Beaume.
Il a été crée au cours du XVIII° siècle à une époque où les terrains cultivables étaient rares. L'homme a donc façonné et transformé ces falaises en zones cultivables : un travail colossal fait à main nue en bord de falaise. On reste stupéfait par l’audace et l’ingéniosité des paysans-bâtisseurs d’autrefois.
Sur place un panneau d'information qui nous raconte joliment l'histoire des lieux
(où grâce à "google Lens" j'ai pu extraire le texte à partir d'une photo moitié ombre, moitié soleil

c'est dingue ce que Lens arrive à faire, je n'étais même pas perpendiculaire par rapport au panneau, du coup je partage cette histoire (en espérant que ce soit autorisé

))
______________________________
Le mas Saint-Genest (nom officiel porté sur l'acte d'état civil de Clovis Reynauld né au mas Saint-Genest le 17 avril 1867)
Promeneur solitaire ou touriste étranger, curieux de vieilles pierres, venu à Saint-Genest visiter mes jardins, réfléchis un instant, en flânant sur mon aire, aux efforts insensés qu'il a fallu produire pour faire d'un désert un habitat humain.
L'histoire de mes murs vaut que l'on s'intéresse tant aux travaux titanesques qu'à l'ingéniosité des hommes qui m'ont construit.
Isidore Reynaud, mon père, mon créateur, issu de mon village de Labeaume il y fort longtemps (1817), désirait s'établir, mais peu muni d'argent, seul un lopin rocheux lui parut accessible. Du cadastre local, un piton rocailleux, surplombant la rivière, recelant en ses flancs quelques arpents de terre, figurait à l'encan.
Personne aux alentours n'avait surenchéri. L'affaire le tenta. Le marché fut conclu. C'était à Saint-Genest, haut lieu de ma commune.
Fallait-il de l'audace pour oser établir en ce site élevé, là-haut sur la falaise, un refuge pareil.
Isidore Reynaud était un courageux, il osa.
Au burin, à la masse et à la barre à mine, il s'est, sa vie durant, acharné à extraire de mon substrat ingrat des volumes d'argile. Mes jardins suspendus au-dessus de l'abime témoignent de sa trempe et de sa ténacité.
Chaque bloc déterré de l'écorce calcaire, chaque caillou ôté de mon sol infécond cédaient un élément propre à ma construction, matière a bâtir mes sous-sols et supplémenter mes jardins.
Avant de m'aborder, flâneur, à mon approche, contemple les gros blocs taillés et enchâsses qui soutiennent mes champs.
L'an prochain, mes hauts murs bordés de vieux figuiers seront bicentenaires.
Ils méritent le respect. Marche sur le sentier. Ne les dégrade pas. Il y a deux cents ans, j'émergeais de la roche et allais sous mon toit protéger et nourrir une grande famille,
Aidé par ses ainés, Isidore Reynaud entreprit l'impossible:
Rendre mon sol ingrat accueillant à la vie. Mes ronciers broussailleux sont devenus vergers.
Mes enclaves enrichies dans des trous de rocher sont devenus mes horts où poussaient des légumes.
Sur le moindre topin un arbre était planté. J'ai ainsi vu grandir et fleurir mes pommiers, cerisiers ou sorbiers et mes pêchers de vigne. J'ai vu planter partout, au ras des murailles de multiples figuiers de toutes variétés, mais tous acclimatables en mes endroits arides et mes sols infertiles.
Il fallait se nourrir et ma terre était maigre.
Suivant l'exposition, là où c'était possible, j'ai aimé sur mes murs voir les treilles ramper.
Au mépris du danger, le plus petit arpent conquis sur mon rocher, la moindre anfractuosité de roc creusée dans ma falaise ont vu au bord du vide, naitre un jardin suspendu ou poussaient mes fraisiers et même un jujubier.
Sur mes glèbes, engraissées à l'humus animal, poussaient pommes de terre, fèves, lentilles et pois chiches, provisions de réserve engrangés pour l'hiver.
Sur mes ouches irriguées, proches de la rivière, tous mes légumes verts prospéraient sur un sol alluvial généreux apporté par les crues mais quelquefois repris par les mêmes caprices.
La récolte, en ce cas, partait avec les eaux.
Dans mon foyer, à la naissance de Clovis (le dernier des garçons), mon gros œuvre trônait, mais sur un seul niveau Ma citerne creusée, en version troglodyte, fournit la pierre utile à parfaire mes voutes aptes à supporter l'étendue et le poids énormes de mon aire.
Pour ceindre mon puisard au pied de l'escalier et border la falaise aux fins sécuritaires, mes dalles se clivaient sur des pans de murs.
Clovis, très jeune, fut rompu à ces travaux de taille en tenant le trépan sous la masse du père.
Plus tard, il enrichit ma première structure des deux élévations de la magnanerie.
Visiteur, quand tu suis mes sentiers escarpés, tend l'oreille à l'écho de la roche qui tinte avant de se cliver sous les coups de marteau.
Emprunte avec prudence mes « drailles » qui relient mes jardins suspendus, mes escaliers pentus et mes sas de rocaille.
N'oublie pas la courbette en franchissant les seuils et les passages creux de l'âme du rocher.
Ce n'est pas me faire allégeance, c'est ton cuir chevelu qui se trouve en danger.
Ce qui peut te paraître un dédale confus n'est qu'un grand raccourci entre mes hauts jardins et mes vignes du bas, sur la rive opposée. En fonction des années, mes terres labourables ensemencées de blé, d'orge, d'avoine ou de luzerne suffisaient à nourrir, certes frugalement, hommes et animaux.
Sous ma voûte, sous l'aire, j'abritais mes grands bœufs de labour.
Sous l'arcade attenante, je gîtais mon cochon, mes chèvres et mes poules. Devant mon « calabert », premier lieu d'entrepôt du foin et des récoltes, mes lapins élevés amélioraient les rares repas de fêtes.
Le mas Saint-Genest vivait en autarcie,
Au « Moulinat », de l'autre côté de la rivière, face à mon promontoire, quelques acres de vigne donnaient un vin précieux destiné à la vente. À l'ouest, au « Gadret », au détour d'un méandre, d'une vigne plus vaste mais aussi plus aride, coulait un vin de galets supérieur en degré alcoolique.
Ainsi s'accomplit mon destin jusqu'au jour ou Clovis disparut.
Pendant quelques années, les voisins ou amis de famille ont apporté leur aide au maintien en état des vignes et des champs.
Malgré leur obligeance et leur concours fidèles, il fallut renoncer. Marie, veuve de Clovis, elle-même âgée, s'est trouvée désarmée pour assurer ma pérennité.
Avant de s'exiler à Nîmes, chez la plus jeune de ses filles Jeanne-Athalie, elle céda mes bœufs, abandonna mes vignes.
Augustine-Isabelle, aînée de la famille, amoureuse du lieu, tint à sauvegarder le mas de son enfance. Hélas, à son décès, survenu peu après, mon destin fut scellé.
Son époux me vendit au comité d'entreprise des usines Berlier en quête d'établir un camp pour des vacances.
Des enfants sous mon toit! J’ai cru au fol espoir de revivre, en mes murs, des climats de jeunesse.
Hélas, je n'étais qu'au début de mes désillusions.
Quel désappointement de me voir surélevé d'un horrible appentis transformé en dortoir, chapeau du « calabert »>.
Ma cave fut dévastée, ma cuve démolie et mon tinon comblé.
La stalle de mes bœufs fut vouée au bastringue.
L'écurie de mes chèvres en fut l'estaminet.
Ma citerne devint un puits pour eaux usées, mes terres à blé des camps de toiles et mon panorama fut masqué par un préau minable.
Au dos de l'arête rocheuse séparant mes deux plus grands espaces, à l'ombre d'un peuplier, l'emplacement exact où Clovis abritait son rucher des rages du mistral, ils créèrent le tas d'immondices.
Je n'aurais jamais cru à pareille abjection.
Pendant quelques années, j'ai subi ces outrages et puis Berliet s'en fut, me cédant à son tour.
Une autre association (U.F.O.V.A.L), de la même région …
(Là "Google Lens" n'a pas su imaginer la partie qui n'était pas sur la photo !)
Non seulement d'autres vandalismes accrurent mon déclin mais suprême outrage, fut de voir mon patronyme humilié. La responsable en titre de cette association, érudite patente, souffrant apparemment d'un prurit bucolique, trouva spirituel de mêler sa suffisance ès lettres provençales à un désir profond d'atteindre la notoriété.
Elle osa porter sur écriteau sa griffe inepte, trace de son passage au mas de Saint-Genest : Récatadou !
La dernière syllabe « dou» dans Récatadou » révèle, en sa phonétique, un sentiment d'amour pour l'objet de son sein, la chair de son giron, quelque chose de doux, de douillet, de mignon, de sensuel, d'érotique.
Aurait-elle, par hasard, par une nuit tiède d'un soir de pleine lune, vécu au creux de l'un de mes rochers un moment de bonheur qui l'eût tourneboulée ? Son émoi l'aurait-il à ce point perturbé pour lui faire oublier la rudesse des lieux ?
Qu'un paysage aussi minéral, qu'un panorama aussi grandiose, qu'un univers aussi aride, qu'une œuvre aussi monumentale aient pu amener cette dame à commettre un pareil contresens semble relever des séquelles d'un coup de soleil parisien.
Moi, mas de Saint-Genest contraint par cette errance à désormais porter ce surnom inapproprié (récatadou) que j'écris volontairement en minuscule, je pardonne.
Enfin, après avoir subi toutes ces avanies et ces dégradations, la commune de Labeaume a mis fin à ma dégringolade.
Racheté par la municipalité, j'ai senti revenir la considération que mes pères méritent. Ma restauration intérieure est une réussite.
Extérieurement, je suis redevenu l'objet de soins esthétiques, modernes mais séants. Progressivement mon corps de bâtiment, escorté par la salle des fêtes, se pare d'harmonieuses embrasures.
Mon « Calabert » désormais mérite une majuscule.
Mes jardins suspendus, longtemps abandonnés, retrouvent peu à peu leur charme bucolique. Qui aurait pu penser qu'un jour je deviendrais à ce point médiatique ?
Visiteur, penche-toi un instant sur le vide.
Mes jardins suspendus ne sont pas que mythiques tels ceux de Babylone ! Le vertige ressenti en contemplant l'abîme confirme ma splendeur.
Si la gloire des lieux revient à mes ancêtres, je rends grâce aux auteurs acteurs des travaux actuels.
Pour toi touriste, affamé de culture, je reste avec fierté le mas de Saint-Genest Pour toi, fêtard noceur, va pour Récatadou puisque ce nom perdure.
Christian Reboul, petit-fils de Clovis Reynaud
______________________________
De sacrés gros blocs de roche calcaire ont été déplacés par ripage....aux limites du vide. On remarque également cette brèche qui a été comblée.
On peut retourner au village en descendant sur les berges de la rivière et en restant au pied de ces falaises
Plus d'infos sur ces
jardins et photo du même site ... avec beaucoup plus de monde !
Le retour sur Labeaume est sympa car on reste proche de la berge.
En se rapprochant du village on découvre d'autres anciens jardins (nommé Baou: falaise en occitan) un peu en hauteur par rapport à la rivière. Bien que protégé par des petites digues, les crues de 1809 et 1958 ont détruit la plupart de ces jardins.
Celui-ci à été réhabilité
Avec la Covid il n'y a pas de restaurant d'ouvert, mais du monde de partout qui picnic. On a bien fait de traverser le village le matin dans le calme des ruelles.
On traverse la Beaume sur un vieux pont submersible.
Pour monter sur un promontoire offrant une belle vue sur le village
On quitte la foule (c'était le dernier week-end avant le 3ème confinement) pour revenir sur Ruom.
Étonnant cette mousse sur les arbres dans une région assez aride, mais dans un vallon.
De retour sur les Gorges de l'Ardèche on décide de changer de rive avec une pause à Labastide De Virac
Il nous reste un peu de temps avant le couvre feu de 18h, on en profite pour faire un petit tour.
Pour visiter l'intérieur du
château des Roure ce sera pour une autre fois
Puis on rejoint Crottes qui sera notre point de départ du lendemain.
on prévoit de faire la rando
d'Alain26
Il est 19h quand on voit arriver la gendarmerie à fond ... dans le hameau.
Au même moment 2 randonneuses remontaient des gorges, je ne sais pas si elles ont été verbalisées mais ça s'est fini avec un calepin sur le capot de la voiture bleue

Ok elles avaient une heure de retard mais où est le risque ? Randonner à 2 en pleine nature à 19h, 1ère semaine d'avril !!!
J'avoue que l'on c'est fait discret vu que c'était le samedi : départ du 3eme confinement
à suivre ...
Bonsoir,
Le lendemain donc on change d'orientation (pour éviter l'axe du Mistral annoncé) mais tout en restant en bordure de gorges, seulement cette fois-ci ce sont celles de la Beaume avec visite des jardins suspendus et du village de Labeaume.
On part de Ruoms: juste après avoir traversé l'Ardèche. Pas simple pour trouver à stationner (le mieux est de rester proche du pont, car après sur Peiroche peu de places et c'est en pente), l'autre possibilité c'est de partir du village de Labeaume, mais pas pour y dormir (tout au moins sur le parking proche des jardins) , cf. le post de HVA : [url=https://www.escapades-nature-camping-car.fr/forum/viewtopic.php?f=28&t=3564]La commune de Labeaume en Ardèche, attention, nomades indésirables[/url])
Durée : 3h00
Distance : 10.08km
Dénivelé positif : 335m
Difficulté : moyenne
tracé sur [url=https://www.visorando.com/randonnee-/7328354]Visorando[/url]
Rapidement on retrouve un ancien chemin bordé de très beaux murs, sacrément costaud. Ces murs qui délimitent des ancienes parcelles, dont certaines sont encore en activité avec des plantations d'olivier.
[img]https://i77.servimg.com/u/f77/11/24/27/25/ardech25.jpg[/img]
On arrive par le haut du village de Labeaume, c'est le matin et on le traverse dans le calme via des ruelles pittoresques.
Ici une forme particulière qui fait penser à la coque d'un bateau.
[img]https://i77.servimg.com/u/f77/11/24/27/25/ardech26.jpg[/img]
On remonte sur un plateau pour se diriger vers les jardins suspendus dont celui de Saint-Genest (ou Récatadou cf. plus bas). Ce jardin est un aménagement réalisé sur un promontoire calcaire, situé 50 mètres au dessus de la rivière Beaume.
Il a été crée au cours du XVIII° siècle à une époque où les terrains cultivables étaient rares. L'homme a donc façonné et transformé ces falaises en zones cultivables : un travail colossal fait à main nue en bord de falaise. On reste stupéfait par l’audace et l’ingéniosité des paysans-bâtisseurs d’autrefois. :®®®:
[img]https://i77.servimg.com/u/f77/11/24/27/25/ardech27.jpg[/img]
Sur place un panneau d'information qui nous raconte joliment l'histoire des lieux
(où grâce à "google Lens" j'ai pu extraire le texte à partir d'une photo moitié ombre, moitié soleil :#ææ#: c'est dingue ce que Lens arrive à faire, je n'étais même pas perpendiculaire par rapport au panneau, du coup je partage cette histoire (en espérant que ce soit autorisé :INð€@→\ii\: ))
[align=center]______________________________[/align]
[align=center][i][b]Le mas Saint-Genest (nom officiel porté sur l'acte d'état civil de Clovis Reynauld né au mas Saint-Genest le 17 avril 1867)[/b][/align]
Promeneur solitaire ou touriste étranger, curieux de vieilles pierres, venu à Saint-Genest visiter mes jardins, réfléchis un instant, en flânant sur mon aire, aux efforts insensés qu'il a fallu produire pour faire d'un désert un habitat humain.
L'histoire de mes murs vaut que l'on s'intéresse tant aux travaux titanesques qu'à l'ingéniosité des hommes qui m'ont construit.
Isidore Reynaud, mon père, mon créateur, issu de mon village de Labeaume il y fort longtemps (1817), désirait s'établir, mais peu muni d'argent, seul un lopin rocheux lui parut accessible. Du cadastre local, un piton rocailleux, surplombant la rivière, recelant en ses flancs quelques arpents de terre, figurait à l'encan.
Personne aux alentours n'avait surenchéri. L'affaire le tenta. Le marché fut conclu. C'était à Saint-Genest, haut lieu de ma commune.
Fallait-il de l'audace pour oser établir en ce site élevé, là-haut sur la falaise, un refuge pareil.
Isidore Reynaud était un courageux, il osa.
Au burin, à la masse et à la barre à mine, il s'est, sa vie durant, acharné à extraire de mon substrat ingrat des volumes d'argile. Mes jardins suspendus au-dessus de l'abime témoignent de sa trempe et de sa ténacité.
Chaque bloc déterré de l'écorce calcaire, chaque caillou ôté de mon sol infécond cédaient un élément propre à ma construction, matière a bâtir mes sous-sols et supplémenter mes jardins.
Avant de m'aborder, flâneur, à mon approche, contemple les gros blocs taillés et enchâsses qui soutiennent mes champs.
L'an prochain, mes hauts murs bordés de vieux figuiers seront bicentenaires.
Ils méritent le respect. Marche sur le sentier. Ne les dégrade pas. Il y a deux cents ans, j'émergeais de la roche et allais sous mon toit protéger et nourrir une grande famille,
Aidé par ses ainés, Isidore Reynaud entreprit l'impossible:
Rendre mon sol ingrat accueillant à la vie. Mes ronciers broussailleux sont devenus vergers.
Mes enclaves enrichies dans des trous de rocher sont devenus mes horts où poussaient des légumes.
Sur le moindre topin un arbre était planté. J'ai ainsi vu grandir et fleurir mes pommiers, cerisiers ou sorbiers et mes pêchers de vigne. J'ai vu planter partout, au ras des murailles de multiples figuiers de toutes variétés, mais tous acclimatables en mes endroits arides et mes sols infertiles.
Il fallait se nourrir et ma terre était maigre.
Suivant l'exposition, là où c'était possible, j'ai aimé sur mes murs voir les treilles ramper.
Au mépris du danger, le plus petit arpent conquis sur mon rocher, la moindre anfractuosité de roc creusée dans ma falaise ont vu au bord du vide, naitre un jardin suspendu ou poussaient mes fraisiers et même un jujubier.
Sur mes glèbes, engraissées à l'humus animal, poussaient pommes de terre, fèves, lentilles et pois chiches, provisions de réserve engrangés pour l'hiver.
Sur mes ouches irriguées, proches de la rivière, tous mes légumes verts prospéraient sur un sol alluvial généreux apporté par les crues mais quelquefois repris par les mêmes caprices.
La récolte, en ce cas, partait avec les eaux.
Dans mon foyer, à la naissance de Clovis (le dernier des garçons), mon gros œuvre trônait, mais sur un seul niveau Ma citerne creusée, en version troglodyte, fournit la pierre utile à parfaire mes voutes aptes à supporter l'étendue et le poids énormes de mon aire.
Pour ceindre mon puisard au pied de l'escalier et border la falaise aux fins sécuritaires, mes dalles se clivaient sur des pans de murs.
Clovis, très jeune, fut rompu à ces travaux de taille en tenant le trépan sous la masse du père.
Plus tard, il enrichit ma première structure des deux élévations de la magnanerie.
Visiteur, quand tu suis mes sentiers escarpés, tend l'oreille à l'écho de la roche qui tinte avant de se cliver sous les coups de marteau.
Emprunte avec prudence mes « drailles » qui relient mes jardins suspendus, mes escaliers pentus et mes sas de rocaille.
N'oublie pas la courbette en franchissant les seuils et les passages creux de l'âme du rocher.
Ce n'est pas me faire allégeance, c'est ton cuir chevelu qui se trouve en danger.
Ce qui peut te paraître un dédale confus n'est qu'un grand raccourci entre mes hauts jardins et mes vignes du bas, sur la rive opposée. En fonction des années, mes terres labourables ensemencées de blé, d'orge, d'avoine ou de luzerne suffisaient à nourrir, certes frugalement, hommes et animaux.
Sous ma voûte, sous l'aire, j'abritais mes grands bœufs de labour.
Sous l'arcade attenante, je gîtais mon cochon, mes chèvres et mes poules. Devant mon « calabert », premier lieu d'entrepôt du foin et des récoltes, mes lapins élevés amélioraient les rares repas de fêtes.
Le mas Saint-Genest vivait en autarcie,
Au « Moulinat », de l'autre côté de la rivière, face à mon promontoire, quelques acres de vigne donnaient un vin précieux destiné à la vente. À l'ouest, au « Gadret », au détour d'un méandre, d'une vigne plus vaste mais aussi plus aride, coulait un vin de galets supérieur en degré alcoolique.
Ainsi s'accomplit mon destin jusqu'au jour ou Clovis disparut.
Pendant quelques années, les voisins ou amis de famille ont apporté leur aide au maintien en état des vignes et des champs.
Malgré leur obligeance et leur concours fidèles, il fallut renoncer. Marie, veuve de Clovis, elle-même âgée, s'est trouvée désarmée pour assurer ma pérennité.
Avant de s'exiler à Nîmes, chez la plus jeune de ses filles Jeanne-Athalie, elle céda mes bœufs, abandonna mes vignes.
Augustine-Isabelle, aînée de la famille, amoureuse du lieu, tint à sauvegarder le mas de son enfance. Hélas, à son décès, survenu peu après, mon destin fut scellé.
Son époux me vendit au comité d'entreprise des usines Berlier en quête d'établir un camp pour des vacances.
Des enfants sous mon toit! J’ai cru au fol espoir de revivre, en mes murs, des climats de jeunesse.
Hélas, je n'étais qu'au début de mes désillusions.
Quel désappointement de me voir surélevé d'un horrible appentis transformé en dortoir, chapeau du « calabert »>.
Ma cave fut dévastée, ma cuve démolie et mon tinon comblé.
La stalle de mes bœufs fut vouée au bastringue.
L'écurie de mes chèvres en fut l'estaminet.
Ma citerne devint un puits pour eaux usées, mes terres à blé des camps de toiles et mon panorama fut masqué par un préau minable.
Au dos de l'arête rocheuse séparant mes deux plus grands espaces, à l'ombre d'un peuplier, l'emplacement exact où Clovis abritait son rucher des rages du mistral, ils créèrent le tas d'immondices.
Je n'aurais jamais cru à pareille abjection.
Pendant quelques années, j'ai subi ces outrages et puis Berliet s'en fut, me cédant à son tour.
Une autre association (U.F.O.V.A.L), de la même région …[/i]
(Là "Google Lens" n'a pas su imaginer la partie qui n'était pas sur la photo !)
[i] Non seulement d'autres vandalismes accrurent mon déclin mais suprême outrage, fut de voir mon patronyme humilié. La responsable en titre de cette association, érudite patente, souffrant apparemment d'un prurit bucolique, trouva spirituel de mêler sa suffisance ès lettres provençales à un désir profond d'atteindre la notoriété.
Elle osa porter sur écriteau sa griffe inepte, trace de son passage au mas de Saint-Genest : Récatadou !
La dernière syllabe « dou» dans Récatadou » révèle, en sa phonétique, un sentiment d'amour pour l'objet de son sein, la chair de son giron, quelque chose de doux, de douillet, de mignon, de sensuel, d'érotique.
Aurait-elle, par hasard, par une nuit tiède d'un soir de pleine lune, vécu au creux de l'un de mes rochers un moment de bonheur qui l'eût tourneboulée ? Son émoi l'aurait-il à ce point perturbé pour lui faire oublier la rudesse des lieux ?
Qu'un paysage aussi minéral, qu'un panorama aussi grandiose, qu'un univers aussi aride, qu'une œuvre aussi monumentale aient pu amener cette dame à commettre un pareil contresens semble relever des séquelles d'un coup de soleil parisien.
Moi, mas de Saint-Genest contraint par cette errance à désormais porter ce surnom inapproprié (récatadou) que j'écris volontairement en minuscule, je pardonne.
Enfin, après avoir subi toutes ces avanies et ces dégradations, la commune de Labeaume a mis fin à ma dégringolade.
Racheté par la municipalité, j'ai senti revenir la considération que mes pères méritent. Ma restauration intérieure est une réussite.
Extérieurement, je suis redevenu l'objet de soins esthétiques, modernes mais séants. Progressivement mon corps de bâtiment, escorté par la salle des fêtes, se pare d'harmonieuses embrasures.
Mon « Calabert » désormais mérite une majuscule.
Mes jardins suspendus, longtemps abandonnés, retrouvent peu à peu leur charme bucolique. Qui aurait pu penser qu'un jour je deviendrais à ce point médiatique ?
Visiteur, penche-toi un instant sur le vide.
Mes jardins suspendus ne sont pas que mythiques tels ceux de Babylone ! Le vertige ressenti en contemplant l'abîme confirme ma splendeur.
Si la gloire des lieux revient à mes ancêtres, je rends grâce aux auteurs acteurs des travaux actuels.
Pour toi touriste, affamé de culture, je reste avec fierté le mas de Saint-Genest Pour toi, fêtard noceur, va pour Récatadou puisque ce nom perdure.
[align=center]Christian Reboul, petit-fils de Clovis Reynaud[/i][/align]
[align=center]______________________________[/align]
De sacrés gros blocs de roche calcaire ont été déplacés par ripage....aux limites du vide. On remarque également cette brèche qui a été comblée.
[img]https://i77.servimg.com/u/f77/11/24/27/25/ardech28.jpg[/img]
On peut retourner au village en descendant sur les berges de la rivière et en restant au pied de ces falaises
[img]https://i77.servimg.com/u/f77/11/24/27/25/ardech29.jpg[/img]
Plus d'infos sur ces [url=https://www.patrimoine-ardeche.com/visites/recatadou.htm]jardins[/url] et photo du même site ... avec beaucoup plus de monde !
[img]https://www.patrimoine-ardeche.com/visites/images/recatadou01.jpg[/img]
Le retour sur Labeaume est sympa car on reste proche de la berge.
En se rapprochant du village on découvre d'autres anciens jardins (nommé Baou: falaise en occitan) un peu en hauteur par rapport à la rivière. Bien que protégé par des petites digues, les crues de 1809 et 1958 ont détruit la plupart de ces jardins.
Celui-ci à été réhabilité
[img]https://i77.servimg.com/u/f77/11/24/27/25/ardech30.jpg[/img]
Avec la Covid il n'y a pas de restaurant d'ouvert, mais du monde de partout qui picnic. On a bien fait de traverser le village le matin dans le calme des ruelles.
On traverse la Beaume sur un vieux pont submersible.
[img]https://i77.servimg.com/u/f77/11/24/27/25/ardech31.jpg[/img]
Pour monter sur un promontoire offrant une belle vue sur le village
[img]https://i77.servimg.com/u/f77/11/24/27/25/ardech32.jpg[/img]
On quitte la foule (c'était le dernier week-end avant le 3ème confinement) pour revenir sur Ruom.
Étonnant cette mousse sur les arbres dans une région assez aride, mais dans un vallon.
[img]https://i77.servimg.com/u/f77/11/24/27/25/ardech33.jpg[/img]
De retour sur les Gorges de l'Ardèche on décide de changer de rive avec une pause à Labastide De Virac
Il nous reste un peu de temps avant le couvre feu de 18h, on en profite pour faire un petit tour.
[img]https://i77.servimg.com/u/f77/11/24/27/25/ardech35.jpg[/img]
Pour visiter l'intérieur du [url=https://www.chateaudesroure.com/] château des Roure [/url] ce sera pour une autre fois
[img]https://i77.servimg.com/u/f77/11/24/27/25/ardech34.jpg[/img]
Puis on rejoint Crottes qui sera notre point de départ du lendemain.
on prévoit de faire la rando [url=https://www.escapades-nature-camping-car.fr/forum/viewtopic.php?f=43&t=2612]d'Alain26[/url]
Il est 19h quand on voit arriver la gendarmerie à fond ... dans le hameau.
Au même moment 2 randonneuses remontaient des gorges, je ne sais pas si elles ont été verbalisées mais ça s'est fini avec un calepin sur le capot de la voiture bleue :(
Ok elles avaient une heure de retard mais où est le risque ? Randonner à 2 en pleine nature à 19h, 1ère semaine d'avril !!!
J'avoue que l'on c'est fait discret vu que c'était le samedi : départ du 3eme confinement
à suivre ...